Les observations de l’équipe en début de séjour sont frappantes.
Il faut dire que le contexte n’est pas facile.
Ceux qui ont la chance d’être relié au réseau d’eau de la ville reçoivent au robinet une eau polluée. La veille sanitaire, qui fait des tests d’eau mensuels, atteste que l’eau des écoles et de l’hôpital, même après filtration et traitement, est toujours impropre à la consommation. Et l’eau est de toute façon coupée 10 heures par jour car la capacité de pompage de la ville n’est pas assez importante.
Ceux qui ont un branchement pirate sur le réseau de la ville reçoivent une eau encore moins salubre : les tuyaux sont percés ou poreux, la pression est insuffisante, et les microbes y pénètrent et pullulent.
Et ceux qui n’ont pas de branchement sont obligés d’aller chercher l’eau sur des arrivées communautaires (des fosses-puits), ou même directement dans l’Igarapé (la rivière). Or tous les égouts du centre ville se jettent dans cet Igarapé : restes de repas, eaux de lavage, excréments, huiles de vidanges, cadavres d’animaux y sont jetés sans ménagement. Inutile de dire que l’eau est extrêmement polluée… ce qui n’empêche pas d’y observer des scènes de vie tout à fait normales !
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Certains utilisent l’hypochlorite distribué par les agents communautaires de santé (1 goutte par litre), d’autres utilisent ce même hypochlorite pour faire la lessive car l’eau de javel est trop chère. Mais, Adriana sait-elle combien de gouttes mettre dans son seau, ou compter jusqu’à 200 gouttes pour remplir son seau de 200 litres ?
D’autres laissent décanter l’eau, en y ajoutant une « poudre blanche » qui permet la sédimentation… Personne ne sait dire si cette poudre est du chlore ou du sulfate d’aluminium, et de toutes façons la vendeuse de sulfate nous affirme :« cette poudre tue tous les microbes, mais pas moi ! »
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D’autres encore filtrent leur eau avec un filtre branché sur le robinet, un filtre artisanal ou un filtre en
sable… Certains combinent plusieurs de ces étapes… Que de méthodes différentes !
Et les agents communautaires de santé ? Ils ne savent pas dire quelle est la meilleure manière de traiter l’eau, et quelles sont les avantages et inconvénients de telle ou telle méthode. Ils ont eux même des problèmes au ventre car l’eau de leur centre de santé n’est pas correctement traitée par leur filtre. Et le médecin du centre à d’autres urgences à traiter, trop occupé à soigner les patients… |
Uniformiser la prévention sur l’eau
- Les agents communautaires de santé, qui rendent visite aux familles une fois par mois et font de la prévention,
- Les médecins et les infirmiers,
- Les communautés religieuses, au travers de la « pastorale des enfants », qui touche la communauté catholique, très présente à Bréves,
- Les écoles…
Nous nous penchons alors sur le problème : comment une eau, même extrêmement polluée comme celle que les habitants utilisent quotidiennement peut elle être rendue potable ?
Nous avons alors la chance d’être aidés par Bruno, qui a travaillé sur la question des filtres au Nicaragua après le passage de Vincent et Soizic en 2007 à Bluefields. Il nous met en contact avec une association canadienne, Cawst qui travaille sur le sujet depuis 2001. Cette association a réalisé et diffuse via son site internet du matériel pédagogique destiné à la sensibilisation sur le thème de l’hygiène et sur la façon de rendre son eau potable. Ce document, adapté à de nombreuses réalités africaines, sud américaines et asiatiques nous paraît tout à fait approprié pour notre projet mais doit cependant être adapté à Brévès.
Nous gardons donc les illustrations et le texte qui se rapprochent le plus du quotidien des plus pauvres d’ici, les adaptons et les traduisons grâce à nos amis brésiliens.
Après un dur labeur de téléchargement, de traduction, de mise en page et d’adaptation de dessins, le document est prêt : il ne reste plus qu’à le diffuser.
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En parallèle, nous avons retrouvé Lili, qui nous avait fait visiter le quartier de Jardim Tropical en 2007. Lili, aujourd’hui mariée, vit avec son mari chez sa belle mère. Quotidiennement chez eux ils utilisent un filtre artisanal fabriqué avec 2 seaux de margarine vide, une cartouche en céramique, et un robinet : son cout : 12 R$ soit 5 euros. Et Lili sait très bien comment ce filtre fonctionne. Economique, local, facile à fabriquer, il nous semble approprié de diffuser ce modèle de filtre, l’important étant aussi de sensibiliser les gens à son entretien.
Pour diffuser le message, nous demandons donc à Lili de regrouper une demi-douzaine de familles.
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La réunion a lieu la dernière semaine de notre séjour : nous expliquons, avec Lili, bien sensibilisée au sujet,
les intérêts de l’hygiène, les sources de la pollution de l’eau, et comment traiter efficacement son eau. Les femmes repartent avec un mode d’emploi de fabrication du filtre. La réunion
est prometteuse, 6 femmes souhaitent fabriquer un filtre. Lili se propose spontanément pour suivre ces femmes lorsqu’elles feront leur filtre. C’est pour nous une bonne nouvelle : nous
lui laissons quelques exemplaires supplémentaires de notre document, si elle veut organiser d’autres réunions.
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Nous laissons aussi un exemplaire à Sœur Rita, qui travaille avec les membres de la pastorale des enfants catholiques. Elle est enchantée par le travail qu’on a fourni. Cet outil pédagogique pourrait être dupliqué pour être utilisé !
Nous laissons également un exemplaire à Naïr, qui nous a accueilli à Bréves : Naïr tire l’eau de son puits et va chercher de l’eau filtrée chez sa mère pour la boire. Nous lui remettons le document, accompagné du filtre que nous avons construit, afin qu’elle le teste.
Nous laissons aussi un exemplaire à Maria Christina, qui travaillait au secrétariat de santé de la ville. A sa lecture, elle souhaite le faire imprimer pour le distribuer à tous les agents communautaires de santé de la ville de Breves et de l’île de Marajo… une initiative qui nous paraît très intéressante !
L’accueil de ce livre pédagogique, des agents de santé, familles, nous paraît donc excellent ; nous avons l’impression d’avoir visé juste en travaillant sur ce sujet.
Suivre un tel projet ?
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Nous avons également réalisé deux documents permettant de suivre les bénéficiaires. Un premier document permettrait de vérifier que les familles qui ont participé à des réunions de sensibilisation sont passées à la pratique en fabriquant un filtre, ou de comprendre pourquoi elles ne l’ont pas réalisé le cas échéant. Le deuxième document vise les familles qui ont construit le filtre : celui ci est-il correctement utilisé, nettoyé, entretenu ? Les familles font elles sédimenter l'eau avant de la filtrer? Le chlore est-il bien utilisé, l’eau a-t-elle bon goût ? les familles ont-elles moins de maladies depuis qu’elles ont leur filtre ? Autant de questions qui, via un suivi à 1 mois, 3 mois, 6 mois et 1 an, permettent d’engager le dialogue avec les familles pour les aider dans leurs démarches et améliorer durablement leur santé. Comme nous rentrons en France sans avoir pu mesurer l’impact de notre action, ce suivi nous permettra aussi de savoir si le document est clair et simple à utiliser, si le mode d’emploi de fabrication du filtre est compréhensible, si les agents de santé s’approprient ce document. |
Maria Christina souhaite organiser le suivi avec les agents de santé, Lili a quelques fiches de suivi à remplir pour les familles… Lors du prochain séjour, prévu pour mars 2010, nous espérons avoir des réponses!

L’idée est en priorité de diminuer la quantité d’eau stagnante dans l'environnement proche des maisons en saison sèche. C'est la saison la plus longue,
pendant laquelle les déchets stagnent et les bactéries et pollutions se développent, contrairement à la saison des pluies pendant laquelle les sols sont lessivés et les déchets entraînés dans le
fleuve (un problème aussi...!).
Les participants à la réunion se sont quittés dans l’idée de réfléchir à tout ce qui avait été dit pour en reparler le dimanche suivant. Nouveau succès dimanche dernier,
les participants masculins (qui vont effectuer le travail) étant à peu près tous présents. Une liste d’actions prioritaires et de matériel a été établie,
En 2007, nous avions passé un mois dans les
"invasions" de Breves, sur l'île de Marajo. Nous nous étions penché sur le problème de l'assainissement des terrains marécageux sur lesquels s'installe la population. Le but était de réfléchir à un
projet humble améliorant les remblais, les pontons, la qualité de l'eau environnante... La phase pilote devait suivre en 2008, faute de financements, nous avons du attendre septembre 2009...
Brévès est une petite ville de 90 000 habitants, située à 400 km de
Belem. Située à l'embouchure de l'amazone, la ville est marquée par deux saisons, l'une plus pluvieuse que l'autre, la végétation est donc luxuriante, les paysages magnifiques, les orages de fin
de journée somptueux…
Ce qui nous frappe tous d'abord est l'omniprésence, en plus ou moins
grande quantité selon les heures, de cette eau très sale baignant les maisons, dans laquelle se mêlent ordures et déjections humaines… La présence de cette eau et le manque d'hygiène induisent
évidemment tous ces problèmes de santé, et le thème de l'eau nous paraît être un axe de travail valable pour notre petite équipe réduite à son lot de techniciens. Sans compétences médicales nous
pouvons intervenir sur la santé en améliorant l’espace environnant les maisons : comment assainir la zone extrêmement polluée dans laquelle les enfants pataugent quotidiennement?