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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 22:08

MAISONS PARASISMIQUES EN TERRE AU SALVADOR


LE PROJET


Au Salvador, les tremblements de terre sont fréquents. En 2001, l’un d'eux a détruit une bonne partie des habitations en terre, faisant de nombreuses victimes. Plusieurs ONG sont venues a la rescousse, dans l’urgence, distribuant des tôles à qui voulait, si bien que de nombreuses familles se sont retrouvées dans des maisons « micro-ondes », comme on les appelle ici, c'est a dire des petites boites faites de 5 tôles et qui chauffent, chauffent, chauffent avec le soleil…
Caritas a mis en place une action longue durée, soutenue financièrement par divers organismes comme Misereor, soutenue techniquement par l'organisme Fundasal, et relayée dans certaines régions par les diocèses. Ainsi, en 2001, plusieurs personnes et notamment 3 maçons de Caritas ont été formés a la construction parasismique en adobe par Wilfredo Carazas, architecte spécialisé dans les constructions en terre.


                                                                              Photo : une maison en adobe traditionnel


Depuis, les équipes de Caritas et les relais du diocèse assurent la coordination du projet, le planning, ciblent les familles les plus nécessiteuses parmi les demandes. Les familles s’organisent ensuite en collectifs de 10 personnes demandeuses. Chacune de ces 10 personnes essaie de trouver l’appui de 2 ou 3 membres de son entourage pour l’aider au sein du collectif. Les collectifs sont formés par les maçons de Fundasal et par les équipes de coordination. Ensemble, les membres du collectif préparent la terre et construisent chaque maison. Fundasal assure la supervision du projet au niveau technique et suit le projet sur les points délicats.


Cela fait 6 ans que le projet existe, et cette année il a été décidé d'en faire une évaluation globale sur tout le Salvador. Comment les maisons ont-elles été construites ? Quel est leur état aujourd’hui ? Ont-elles été agrandies ? Comment les destinataires apprécient ils le projet ? Comment les gens s’organisent pour les constructions…? 
Wilfredo Carazas est donc revenu pendant 3 semaines arpenter le Salvador dans ses communautés les plus reculées. Nous avons fait un bout de chemin avec lui et avec deux équipes locales : Mauricio et Liliana qui s’occupent de la coordination du projet pour le diocèse de San Miguel (photo ci contre), et Wilmer et Ana Teresa qui s’occupent de la coordination du projet au sein de l’organisme Caritas de Santa Ana.








LE PRINCIPE CONSTRUCTIF

Le principal objectif de ce projet est d’éviter que la maison s’écroule sur ses habitants qui, surpris par le tremblement de terre, n’ont pas le temps de sortir dehors. La maison doit résister à un tremblement de terre de magnitude 6/7 sur l’échelle de Richter.


Traditionnellement, les gens construisent en brique d’adobe ou en torchis. Les points qui font la force de la construction sismo résistante sont :

•   La forme de la maison ( le carrée étant la plus sismo résistante)

•   Des briques d’adobe carrées (brique de terre séchée au soleil)

•   L’ajout de contreforts

•   L’ajout d’une ossature dans les murs en terre.

•   Le chaînage de tous les murs de la maison, horizontalement comme verticalement.






La construction se décompose en plusieurs modules carre. Le projet assure la construction d’un module ou de deux. La maison peut ensuite être agrandie en ajoutant les symétries des modules existants et en les chaînant les uns aux autres.
























LA CONSTRUCTION :


•  Fabrication des briques adobes :


 La fabrication des briques adobes nécessite beaucoup de temps. La terre appropriée doit être à la fois sableuse et argileuse. Mélanger cette terre avec de l’eau puis de la paille, constituer un mélange bien homogène, mouler les briques, et laisser sécher plusieurs jours.








•  Fondations et chaînage bas
























•  Montage des briques d'abode avec les renforts verticaux et les contreforts. Toutes les trois ou 5 assises de briques, on ajoute aussi des bambous fendus pour fortifier la structure horizontalement.





















•  Le chaînage haut est constitué soit de poutres béton, soit d'une rangée de briques d’adobe en forme de U dans lesquelles on coule du béton.
•  La charpente est en bois ou bambous ou en poutrelle métallique et fer à béton, la couverture en tuiles cuites ou en tuiles fibro ciment.
•  Les différentes couches d’enduit : un enduit terre pour régulariser le mur, puis un enduit chaux sable (ou ciment chaux sable si l'enduit est très fin (pas plus d'un centimètre) mais autorisé seulement en extérieur a cause de la pluie, pas en intérieur, la brique devant respirer) puis peinture à la chaux.



LE BILAN


En décembre 2006, un nouveau tremblement de terre, certes plus faible que celui de 2001 mais tout de même important, a secoué le pays. Les maisons ont tenues, les gens ont sentis leurs maisons trembler mais aucune ne s’est écroulée. En 6 ans, de nombreuses familles ont bénéficié de ce projet qui perdure et prend de l’ampleur. Cependant on peut noter quelques difficultés liées à différents facteurs et notamment à la construction d’extension.



La technique :
Sur les modules de base, la formation pourrait etre apuyée sur certains points comme  la construction sur un terrain en pente, l’importance et la maintenance des enduits

Le planning :
Il est difficile de caler les constructions de maisons entre l’arrivée des financements et la saison des pluies; il faut trouver des solutions comme couvrir le chantier (à l’aide d’une structure bambous contreventée et d’une couverture de bâches noires)






Les destinataires du projet : deux types de demande :
Le choix des familles doit être considéré selon deux types de demande différentes qui impliquent deux organisations propres.
• Les demandes individuelles : le projet s’organise alors autour de collectifs regroupant 10 personnes demandeuses. Le problème  rencontré ici est la démotivation de certaines personnes, le système constructif étant plus compliqué à mettre en œuvre qu un système traditionnel. Le groupe de 10 personnes se retrouve quelquefois à 5, ce qui constitue moins de force de travail.
• Les demandes familiales : des familles assez nombreuses sont demandeuses ; elles comportent suffisamment de membres pour mener à bien le projet seules. Ces demandes n’étaient à l’origine pas le concept du projet mais fonctionnent très bien, les gens étant patients et motivés.
 

Reconsidérer le concept de base du projet : urgence ou extension ?

    Le projet arrive à un niveau de développement recquierant la prise en compte de nouveaux facteurs. En effet, dans les maisons visitées, nombreuses sont celles qui ont fait l’objet d’une extension, malheureusement non réalisée selon les concepts sismo résistants. Les gens n’ont pas demandé conseil aux membres du projet et ont agrandi selon leur propre initiative. Reste t-on dans le projet d’urgence, à savoir la construction d’un module de base, ou doit on considérer un nouveau volet, les extensions de ces modules de base ?

• Certains ont conservé l’adobe mais en utilisant la technique traditionnelle ou en mélangeant les deux techniques. Les raisons majeures sont :

-  Manque des moules nécessaires : ces moules sont très faciles à construire  mais à cause de l'epaisseur des joints, il est difficile pour eux d’effectuer le calcul pour connaître les dimensions des demi briques. La solution serait donc de laisser deux moules dans chaque maison.

-  Manque  d’argent et de matériaux : Certains n’ont pas fait les contreforts ou de renforts en bambous. Les matériaux soit disant locaux ne sont pas forcement locaux car ne sont pas disponibles sur le lieu même de construction. Les gens n’ont bien souvent même pas de quoi les acheter aux voisins ou les faire transporter de plus loin.

                                  
 -   Manque de temps pour faire les renforts horizontaux en bambous.

-  Manque de formation : Très souvent, ils ont plaqué le nouveau module contre le module de base, au lieu de la chaîner (enlever une brique sur deux sur le renfort de la constructin existante et venir y accrocher le nouveau module).





• D’autres ont utilisés d’autres matériaux parce qu’ils avaient un peu d’argent et qu’il est plus facile d’acheter des briques cuites et des parpaings que de passer du temps a fabriquer les adobes. Or ces matériaux et la terre ne travaillent pas de manière égale, et lors d'un tremblent de terre ils se comporteront différemment. Par exemple, une construction en ciment collée contre un module en terre va osciller plus fort et va donner comme des coups de marteau à la construction en terre qui va finir par tomber. La solution est de construire soit dans le même matériau en chaînant les deux modules, soit de construire le module différent plus loin.


DES IDEES RESSORTIES DE L'EVALUATION POUR AMELIORER LE PROJET...
 

• Sensibiliser la population sur le fait que comme toutes, cette maison a besoin d’entretien, notamment au niveau des enduits,

• essayer de donner le réflexe aux gens de consulter les « spécialistes » de la construction en terre pour avoir des conseils.

• Anticiper les usages de la future extension donc les répercussions sur la conception du module de base (par exemple où placer les portes et les fenêtres pour ensuite desservir l’agrandissement…) et proposer des plans plus flexibles et qui tiennent compte de l’évolution des matériaux en fonction des disponibilités locales.

• Trouver de nouvelles solutions de financement si le projet ne finance que les constructions d’urgence, par exemple voir si au sein des collectifs, certains pourraient fournir certains matériaux et faire des échanges entre membres.

• Assurer de nouvelles formations sur la manière d’agrandir les modules et combler le manque de personnes formées techniquement ET présentes tout le temps localement, (à qui les personnes peuvent demander conseils et suivi sans avoir à aller à l’autre bout du pays).

• Si le projet reste un projet d’urgence, sensibiliser les familles sur ce qu’elles pourront ou ne devront pas faire dans le futur, éventuellement leur fournir des plans ou des dessins d’extensions possibles ?




 
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Published by Vince&Soiz - dans El Salvador
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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 00:21

Après une journée de bus de Managua, nous arrivons à San Salvador, capitale du Salvador. Ce pays, dans lequel nous n'avions pas prévu de passer nous intrigue. Nous allons suivre Wilfredo Carazas pendant une partie de sa mission d'évaluation.

Rapidement, nous nous rendons compte de ce qui a marqué et ce qui fait ce pays. La colonisation espagnole puis américaine, la guerre civile, les tremblements de terre, les volcans...

 

L'empreinte de la colonisation espagnole, d'abord, est très présente dans ce pays, on peut voir des edifices de styles colonial dans toutes les grandes villes. Plus ou moins beau, en plus ou moins bon état...

 

 

 

    

Il y a aussi la guerre civile encore dans les souvenirs. Celle ci a débuté en 1980 par le meurtre de Mgr Romero, eveque de San Salvador, pendant son office... La guerre civile qui a suivie, tres meurtiere, a divisé le pays, fait fuir des dizaines de milliers de salvadoriens aux USA...

 

Ajoutez à tout cela des tremblements de terre (Le tremblement de terre de 2001 a tué beaucoup de Salvadoreniens, et détruit beaucoup d'habitations), des volcans dans tous le pays (dont certains sont plus ou moins actifs)... Le Salvador n'est au premier abord pas le pays ou il fait le mieux vivre...

 

Quelques petites photos du Volcan San Miguel, dont la dernière éruption n'est pas si lointaine... La lave a recouvert une vaste étendue de territoire, sur laquelle les gens doivent se battre pour habiter, faire pousser des arbres, amener l'eau courante...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis l'influence des USA !! D'abord la monnaie ici est le dollar US. Ancien pays colonisateur, toujours exportateur de CocaCola, accords économiques à gogo (qui bien sur profitent surtout aux USA... Le cultivateur de maïs Salvadorenien a été obligé il y a quelques années de se reconvertir, car le "grand frère" inonde le pays de son maïs transgenique beaucoup moins cher car hyper subventionné... même le paysan Salvadorenien, pourtant pas payé plus du 10e du cultivateur américain n'est pas compétitif). Mais comme le Mexique, le Nicaragua et d'autres pays de la région, le Salvador est obligé de se plier aux régles du jeu. Et comme chaque famille salvadorienne ou presque a un membre qui travaille aux USA, et qui renvoit des sous au pays pour faire vivre la famille, et bien on critique les USA, doucement, mais on est bien content quand même !!

 

Malgre tout cela, on a vraiment passé du bon temps dans ce pays... Les gens, d'abord sont vraiment adorables, serviables, toujours prèt à aider... On ne se sent nullement agressé, quasiment personne ne nous demande de l'argent du fait qu'on soit touristes... Soizic qui n'a pas du tout le look Salvadorien (des belles blondes, on n'en a pas croisé beaucoup !!) a eu droit à quelques regards curieux, mais à chaque fois pour lui dire qu'elle avait de très beaux yeux... du bonheur.

Et puis les paysages, forcement, avec ses volcans, ses lagunes, ses parcs naturels, ses oiseaux exotiques (perroquets...) Le programme de ces quelques jours, outre le projet que l'on suit est plutot tranquille par rapport au speed Bluefileños des derniers mois. On se promène, on suit la mission, ce qui nous permet de découvrir le pays d'est en ouest : San Miguel et sa région, Santa Ana et sa région... de la frontière Hondurienne à la frontière Guatemaltèque. On flane dans les villes qu'on trouve bien agréable, on mange des Pupusa (galette de maïs - transgenique ? - farcie de divers fromage, frijole, viande) du Casamiento (riz et frijol)...

On est plutot tranquille et c'est vraiment agréable...

 

Nos regrets ? Ne pas avoir eu le temps d'aller au Guatémala tout proche pour y découvrir sa culture, ni d'avoir eu le temps de passer voir le cousin de Soizic au Honduras... Ma foi ce sera l'occasion d'un nouveau voyage, qui a dit qu'on rentrait bientôt en France ??

 

L'album photo du Salvador est aussi en ligne


A bientôt !!


S&V


 

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